*

Scènes de vie se bousculant
Silhouettes passantes

Tracé d’une écriture franche
Lacérant notre horizon
Note de fond sur traversantes

Un chêne veille à travers champs



*

Toi, dont la silhouette se mêle à l’aube
Dont le regard confiant sait la beauté qui s’invite
Toi pour qui la seule mesure viable est envol

Toi, enfant de l’instant
Bonté que rien ni personne habite



*

Immensité à coeur de bras, ton sourire s’immobilise
Je sais ta joie mêlée au rayonnement du soleil


J’écoute


Tout au bercement du feuillage est souffle ordonnant
Tout se courbe pour mieux écouter



*

Quoi — Sinon l´effondrement de ce que je prétends mien
Qui — Sinon par l’amour seul qui y procède  




orphelines



Le drame de ce siècle matérialiste est qu’il produit en masse et de manière indifférente, quantité de forme orphelines, d’imprégnations dérivées de ce productivisme aveugle et effréné et que, insensibles à la dimension invisible de la gratitude procédant à toute œuvre créatrice; des hommes et des femmes tournés sur eux-mêmes, sécurisent par leur biais l’édifice qui les clouera, du berceau au linceul.




*


Regard sans prise
Profondeur sans fin

Dessaisi d’un à venir
Dissolu en ton sein

J’écoute au pas à pas
L’incessante prière dédiée

Innombrables les êtres qui nous peuplent
Unique le chant bien aimé


Des déferlantes
Qui ébranlent la terre friable
Au lent repli d’un soupir épousé

Se dissipe le creuset du galbe posé sur le sable

Au clair inspir, emmené



célébrer


Certains d’entre vous ont peut-être découvert cette vidéo d’un célèbre violoniste jouant (45 min) incognito dans une station de métro à Washington par heure de pointe — et recevant pour seul lien de complicité tangible, l’écoute à l’arrêt de 6 personnes et, faudrait-il s’en étonner: … l’attention immédiate de plusieurs enfants, et tout cela sur fond de défilement continu.
Durant toute une période de ma vie, j’ai joué en rue dans des lieux dits infi(r)mes, et recueilli, sous le voile de cette même apparente indifférence de masse, la chaleur de ces quelques « rares » et authentiques merci.

Ce passant qui s’arrête, c’est chacun de nous.

Qui sait aujourd’hui encore rendre grâce lorsque rien n’est annoncé comme tel. Qui sait se passer d’une biographie pour se fier d’intuition. Qui sait faire fi d’une mise en page et lire entre les lignes. Qui sait reconnaître le chant d’une âme sous l’énoncé d’une voix ?

Qui sait s’émerveiller de l’apparent chaos d’une forêt qui jamais n’aurait été défrichée ni pourvue de sentiers, et y trouver, ronces après ronces, clairières après clairières, arbres après arbres, la beauté d’une harmonie sous tendue ?

L’écoute est créatrice.

Aucun musicien ne peut ignorer le lien qui l’unit à l’auditeur. Aucun auditeur ne peut se dire moins musicien que la disponibilité d’écoute qui l’habite. L’un comme l’autre sont Un, co-façonnant un présent en constant réenchantement.

La musique n’est pas une pratique refermée sur elle-même, un lieu privilégié qui s’articulerait autour de deux modes dissociables: diffuseur et receveur, deux modes dont la scène se ferait le seul porte voix…

Au plus libre de son être que peut dire l’artiste de son art ? Il ne marchande pas la gratuité d’un geste, il donne un prix parce qu’il faut manger, se loger – vivre, cela va de soi – mais du reste, il crée, un point c’est tout, il n’a de cesse de créer parce que cela aussi, va de soi.

Et pourtant, la crédibilité de l’art se mesure encore et toujours à travers le prisme d’une notoriété acquise, à travers la mirage du vernis médiatique. Allons-nous revendiquer un dû, en alimentant au passage l’élitisme dans lequel l’art est jeté, bon gré, mal gré …ou bâtirons-nous des ponts, accorderons-nous une oreille attentive à l’âme… Oups pardon ? …aurais-je dit un vilain mot ?… Aux qualités naturelles de ce que d’aucun appellerait l’« art »…autours de nous, en lien, « avec » ?

Tant de saturation d’images, de discours, d’(dés)informations décontextualisées … Vite. Surtout. Vite. Très vite…. pour pallier à une évidence aussi infime qu’infinie, aussi intime qu’inconnaissable, aussi insignifiante que sensible — du déroulement inéluctable à l’interpénétration des saisons de « notre » vie.

Quand célébrerons-nous « la » vie parce que cela va de soi ?


neige

   
Un jour, vous vous êtes éveillé au seuil d’un autre bercement.

La rivière vous a donné de ne rien perturber en sa musique.
Cette libre circulation, cette fluidité a vibré de la corde irréversible du silence.
Le chant vous est venu spontanément.

Autour, tout autour de vous, sans ne rien voir sans ne rien entendre, vous avez observé, ressenti tel mode, considéré tel monde. Témoin discret, ami complice, une latitude de plein espace vous intimait.

Et dans ce théâtre à ciel ouvert planait une enfant vierge de tout motif, la joie se déversait sur vous comme de la neige — imperturbable, immaculée.

Vous auriez sans doute pu mourir sur le champ, mourir n’aurait pas fait plus de bruit.
Ici ou ailleurs cette terre ne vous était que momentanément confiée.
Et vous ressentiez pleinement l’ivresse de cet impondérable, la caresse de ce survol.


Ce que ¨vivre¨ venait battre au vertige de votre vie.



elle


Sous le bitume de sa couche, elle sait le terreau nourricier. Pour toute attention vitale elle laisse un bol à aumônes au croisement des mondes. Elle y mange, elle y dort, elle y vit.
De sa terre native elle en a retenu l’innocence, son regard est la marque indélébile d’un seul don. Son offrande, un seul corps.
Elle ne cherche pas à fidéliser, à bâtir.
Désarmée, elle aime.

Sous les plis d’un manteau de chair meurtri, un corps de rien éclairci par une transparence sans âge, repu du monde et de son infatigable course perdue.

Le trouble d’une beauté livrée à vif, d’un ange châtié d’un monde tourné sur lui-même, d’une humanité hébétée par son propre accomplissement.




*

Défunts aimés, intimes
Entre-lieux,


Nos élans parfois
Se heurtent aux étoiles d’un autre sillage
Lorsqu’endeuillés par la perte aveugle
Nous retenons, captifs
,

La bonté intouchable de votre présence
La gratuité d’une seule de nos vies


Notre note alors se répand, éperdue
Au ressac fuyant, toutes plaintes confondues

Mirage que de nager à contre-temps


La lune
En son opacité pourtant

Nous contraint à faire face à l’obscur
Pour renaitre à la nuit

Éprouvée
Mais non conquise

Hors de ces murs diaphanes

Une voix
Nous ordonne d’écouter



Rivière parle vie — Rivière parle nuit Océan seul sait





alliance



Les termes du mariage apparemment nous en défendent : « jusqu’à ce que la mort nous sépare » est l’injonction de trop.

Ce qui demeure, ceux qui demeurent le sont à notre insu. Ils s’invitent lorsque la scène est déserte lorsque le ciel nous monte aux yeux — assez que pour percevoir sans saisir, éclairer sans troubler.



intervalles


De retour d’une promenade où mes pas sont encore intervalles brûlants, je signe au bas de la lettre ouverte que nous délivre la vie, trois points de suspension.

Désormais je ne m’encombre plus d’un stylo que pour éclaircir ce qui tient dans la paume du silence.



ronde


En pleine prise avec l’épaisseur de ce monde, un nourrisson guette le sourire vrai. D’où émergera, à la lumière d’une nouvelle ronde, le coeur du coeur blottit en son secret.


Nos paumes jointes en un maillon inespéré, en un seul centre communiant — pulsant.


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